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textes rassemblés par Bernard Wuillème et Jean-Jacques Cheval

La radiodiffusion aux tournants des siècles



La_radiodiffusion_aux_tournants_des_siècles.jpg « La radiodiffusion aux tournants des siècles », textes rassemblés par Bernard Wuillème et Jean-Jacques Cheval, Lyon : Edition de l'Université Jean Moulin Lyon 3, 263 p.

ISBN : 978-2-916377-66-7, prix 29 €uros

Cet ouvrage présente les actes du colloque international « La radiodiffusion aux tournants des siècles » qui s'est tenu à l'Université Lyon 3, les 18 et 19 mai 2006, organisé par cette Université et par le GRER, Groupe de Recherches et d'Études sur la Radio. Les textes ont été rassemblés par les professeurs Bernard Wuillème (Université de Lyon 3) et Jean-Jacques Cheval (Université de Bordeaux 3).

Ce colloque souhaitait témoigner et participer du nouveau dynamisme de la recherche sur la radio, Vieux média, déjà centenaire, mais toujours porteur de contenus diversifiés, rassemblant des audiences considérables, développant des prospectives innovantes, la radiodiffusion constitue un objet d'étude interdisciplinaire au sein des Sciences humaines et sociales

Le titre du colloque lui-même « La radiodiffusion aux tournants des siècles» constituait sans doute la meilleure explication sur sa raison d'être et sa justification. En effet, le passage du XXe au XXIe siècle marque un véritable tournant dans le secteur de la radiodiffusion :

- Tournant historique : si Marconi a été le premier à développer la Télégraphie Sans Fil, il faut également mettre en évidence le rôle primordial du Canadien Reginald Fessenden qui a mis au point la Téléphonie Sans Fil, en étant l'auteur d'une première expérience d'émission radiophonique sonore fondatrice, le 24 décembre 1906, il y avait tout juste 100 ans 2006.

- Tournant politique : la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989 marque symboliquement la fin de l'expérience soviétique et la fin d'un monde bipolaire où l'Est et l'Ouest s'affrontaient politiquement, économiquement, n'échangeant que des éléments de propagande. Il en résulte une redistribution de la radiodiffusion internationale et des radiodiffuseurs nationaux.

- Tournant technologique : les évolutions techniques (passage de la Télégraphie à la Téléphonie Sans Fil, des tubes au transistor, de la modulation d'amplitude à la modulation de fréquence, de la mono à la stéréophonie, et aujourd'hui de l'analogique au numérique), conduisent à de profondes modifications en termes d'émission, de construction des discours et de réception de la radio à la fois sur le plan technique mais aussi avec des effets sur les modes de consommation de ce média.

- Tournant socioprofessionnel : les émetteurs (médiateurs, journalistes, animateurs ... ) vont devoir modifier, comme souvent au cours du 20ème siècle, leurs pratiques et contenus, tant à cause de la numérisation que de l'arrivée des satellites ou encore d'Internet qui bouleversent la donne radiophonique.

- Tournant économique : face à ces transformations technologiques, à la mondialisation et à la concentration des médias, quelle peut et doit être la place de la radiodiffusion dans le paysage audiovisuel global, quels seront ses nouveaux marchés ?

Ces diverses mutations ont été évoquées et débattues lors du colloque, autour de communications agencées sur trois grands axes : La radio de la triode au numérique (bilan et perspectives) ; radio et proximité, radio et développement.

Un accent particulier a été mis sur les expériences à l'étranger, avec une nette ouverture européenne, et des intervenants qui venaient d'Espagne, de Grande-Bretagne, d'Italie, mais aussi la participation d'autres continents, d'Amérique latine (Brésil, Colombie, Cuba, Mexique, Pérou), des Etats-Unis ou d'Afrique (Madagascar, Togo).

Parmi les intervenants se sont retrouvés des chercheurs et des universitaires, de diverses disciplines, qui s'intéressent à la radiodiffusion et notamment de nombreux jeunes doctorants, des professionnels des ondes aussi (techniciens, journalistes), des institutions comme : le Comité d'Histoire de la Radiodiffusion (CHR), le Réseau européen IREN (International Radio Research Network) et, bien sûr, l'association nationale GRER (Groupe de Recherches et d'Etudes sur la Radio) qui soutenait et participait étroitement à cette rencontre.

Bernard Wuillème


• Responsabilité scientifique du colloque : Jean-Jacques Cheval, Université Montaigne Bordeaux 3 Président du GRER (Groupe de Recherches et d'Etudes sur la Radio), Coordinateur du réseau Européen IREN (International Radio Research Network) et Bernard Wuillème, Université Jean Moulin Lyon 3 Ersicom (EA 1848).

• Comité scientifique du colloque : Frédéric Antoine, Université Louvain la Neuve (Belgique) ; Jean-Jacques Cheval, Université Bordeaux 3 ; Christophe Deleu, Université Robert Schuman Strasbourg ; Claudia Krebs, Université Jules Verne Amiens ; Peter Lewis, London School of Economics (Royaume-Uni) ; Carmen Peñafiel, Université de Bilbao (Espagne) ; André-Jean Tudesq, Université Bordeaux 3 ; Bernard Wuillème, Université Jean Moulin Lyon 3.

 

Sommaire :

André-Jean TUDESQ - Introduction à la Radiodiffusion aux tournants des siècles.

Peter LEWIS - De la piraterie à la pénurie : petites leçons sur l'histoire des radios communautaires en Europe.

Jean-Jacques LEDOS - Sur quelques étapes de l'invention de la T.S.F.

Guy STARKEY - Mais, est-ce encore de la radio ? Programmation et transmission en mutation en temps de crise.

Christophe BENNET - Eclectisme et syncrétisme dans la musique radiodiffusée des années trente.

Derek W. VAILLANT - Que sais-je ? Problèmes dans la formation de la radiodiffusion en France et aux Etats-Unis, 1921-1937.

Evelyne FESNEAU - Le poste à transistors et la programmation des émissions de radio.

Christophe DELEU - Radio-vérité contre radio-esthétique : l'enjeu de la représentation du réel.

Nicolas BECQUERET - Questionnements sur la réception in situ des échanges radiophoniques : entre discours, catégorisations cognitives et sphère publique.

Albino PEDROIA - Radio : de l'analogique au numérique.

Bernard CLARENS - Radio Libre, un désir de proximité.

Wafa DAHMAN - Les radios « communautaires » et leur rôle dans l'intégration des populations arabes en France.

Sirin DILLI - Quelles politiques audiovisuelles pour les radios diasporiques en Europe ?

Anne-Caroline FIÉVET - Les mots des radios jeunes : argot générationnel et sociologique dans les émissions de la libre antenne de Skyrock.

Laurent GAGO - Du streaming au podcast. Pour une approche des dispositifs et des contenus radiophoniques en ligne.

Ariane DEMONGET - Les radios internationales d'Europe après le rideau de fer : l'Europe comme nouveau credo ?

Pascal RICAUD - Radios communautaires, radios militantes en ligne : nouvelles formes de participation et « reliances » radiophoniques ?

Carmen PENAFIEL SAIZ - La radio apuesta por las nuevas technologias y necessita crear nuevos contenidos.

Henri ASSOGBA - La radio au Bénin : une évolution de la « boîte à parole » au rythme des systèmes politiques et des avancées technologiques.

Étienne DAMOME - Les pratiques radiophoniques en Afrique. Entre tradition et modernité.

Isabel GUGLIELMONE - Mise en perspective des théories et des préceptes fondateurs des radios communautaires en Amérique Latine.

Ana Milena PABON - Ondes de Colombie : un air d'espoir! Radio communautaire en Colombie : un instrument de paix ?

On trouvera ci-dessous le texte d'introduction au colloque prononcé par le Professeur André-Jean Tudesq, Professeur émérite de l'Université de Bordeaux. Pour accéder à la version pdf de ce texte, veuillez cliquer ici

Introduction à la Radiodiffusion aux tournants des siècles - André-Jean TUDESQ

C'est une lourde responsabilité d'introduire ces journées d'étude sur « La radio au tournant des siècle », alors que je suis davantage du siècle passé et que le GRER et plus encore l'IREN auquel il participe recherche surtout ce qu'est et ce que peut être la radio aujourd'hui et demain.

La radio au tournant des siècles, c'est en même temps la radio au tournant des continents. Non seulement c'est le média le plus répandu dans le monde, celui qui s'est mondialisé le premier, dés sa naissance, c'est aussi celui qui présente le plus de diversité, les plus grandes disparités et qui - en raison de ses aspects divers et parfois opposés - rentre mal dans les modèles théoriques.

En France et dans le monde occidental- et c'est sans doute pourquoi la radio a été moins étudiée - la presse et la télévision occupent davantage le champ médiatique. Le poste de radio, possédé à trois ou quatre exemplaires dans beaucoup de familles, est devenu un accessoire de la vie quotidienne, tellement familier, accompagnant différents moments de la journée, qu'il n'a pas le caractère dominant qu'a pris le téléviseur. Mais dans une grande partie du monde, pour beaucoup d'habitants d'Amérique, d'Amérique du Sud ou d'Asie, surtout pour les populations rurales, c'est un objet coûteux ; nous autres, pays riches, ignorons ce que peut représenter en temps de travail, le prix des piles pour un transistor.

Les disparités entre les radios, que ce soit au niveau de leur statut, de leurs émissions ou de leurs publics, sont d'abord géographiques, entre les pays, ceux qui connaissent un large pluralisme radiophonique et ceux qui n'ont guère que des radios publiques gouvernementales ; au sein des pays aussi, entre grandes villes possédant plusieurs médias et petites villes ou régions rurales n'ayant souvent accès qu'à une ou deux radios compréhensibles par leurs habitants. Ces inégalités géographiques sont compensées par la réception de radios étrangères, mais jouent alors les disparités socio-économiques (les postes recevant les ondes courtes sont plus chers) et culturelles (la connaissance nécessaire de langues internationales).

Le colloque a déterminé trois grands axes. Le premier est consacré à la technique, réalité première de la radio qui a toujours influé sur son statut, sur ses émissions, sur ses publics, au gré des mutations des techniques. Un exemple parmi d'autres : en Europe occidentale et en France en particulier, l'absence de libéralisation et le maintien du monopole étaient maintenus en prétextant l'absence de fréquences disponibles, la vulgarisation, tardive, de la modulation de fréquence, rendait l'argument caduque. Les problèmes techniques restent déterminants et les solutions nouvelles s'imposent de plus en plus rapidement au niveau mondial. C'est le cas aujourd'hui avec l'adaptation de la radio à Internet, au téléphone mobile et aux SMS.

Les progrès techniques, aussi bien au niveau de l'émetteur qu'au niveau de la réception par les auditeurs ont réduit considérablement les coûts, permettant ainsi de décupler le nombre des postes émetteurs et le nombre des récepteurs.

Le nombre des postes émetteurs s'est surtout accru avec la généralisation de la modulation de fréquence. Même si le nombre de stations de radio a diminué en Europe entre 1994 et 2000, il s'élève dans le monde, il y avait 47 776 postes en 2002, dont 30 700 en FM, contre 43 973 en 2000 (1). Ainsi, tandis que les postes à grande puissance, internationaux ou nationaux, publics ou commerciaux, utilisaient les plus grandes avancées des télécommunications et de l'informatique, drainant les plus larges audiences (la BBC World estime à 150 millions ses auditeurs et VOA à 94 millions les siens) s'intégrant parmi les grands de l'industrie culturelle, on voit se multiplier, surtout en Amérique Latine et en Amérique, des radios de proximité, souvent radios communautaires, en nombre croissant. Au Venezuela, il y en avait 13 en 2002, il y en a 130 autorisées en 2005, et si l'on compte celles qui émettent sans autorisation, c'est 300 ; au Brésil il y en a 2 300 autorisées, sans compter des dizaines de milliers sans autorisation. On peut se demander si, dans cette partie du monde, les radios de proximité n'ont pas joué un rôle important dans les changements et les mouvements politiques des élections récentes.

Quant aux postes récepteurs, le développement de la télévision ne les a pas empêché de progresser. Même si les statistiques des postes dans le monde sont approximatives - amenant la BBC dont les estimations étaient les plus valables, à y renoncer depuis 1997 - le nombre des postes récepteurs dans le monde est passé de 906 millions en 1970 à deux milliards quatre cents millions en 1997 selon l'UNESCO, deux milliards deux cents quatre vingt deux millions selon la BBC, fin 1996. Il m'a semblé important, au début de ce colloque étudiant la radio, de rappeler concrètement son importance et sa prépondérance dans le monde par un tableau. La progression a été bien plus forte dans les pays du Tiers-Monde que dans les pays industriels (on est passé toutefois en France par exemple de 25 à plus de 55 millions de postes). Elle a décuplé dans beaucoup de pays, notamment lorsque les radios communautaires ont proliféré, passant de 60 000 à 570 000 au Mali, de 20 millions à 71 millions au Brésil, mais elle a aussi progressé de 65 à 417 millions en Chine, de 17 à 116 millions aux Indes (2)

Signe de la généralisation de la radio mais aussi de son moindre intérêt pour les investisseurs qui financent les sondages, on peut constater une difficulté croissante pour obtenir une appréciation statistique récente de la répartition des récepteurs radio. Ainsi le rapport sur le développement des télécommunications dans le monde de 2003 publié par l'UIT, présente une analyse statistique précise de la télévision, des internautes, plus encore de la téléphonie mobile (3), pour la radio, il y a une estimation des ménages possédant la radio à la date de 2002. Je n'ai pu l'obtenir que pour l'Afrique, avec près de 60% (59,8). 52,7% des ménages en Afrique subsaharienne disposent de la radio mais avec de grandes disparités (73% en Afrique du Sud ou au Sénégal, autour de 17% pour l'Angola ou la Somalie). On trouve sur Internet une estimation globale du parc radio présentée par l'UER à la date du 16 février 2006, s'élevant à 2,5 milliards sans que soient précisées la date et la source des données (4). Une autre estimation donnée par l'Institut Panos considère en décembre 2003 que la radio atteint 80% de la population mondiale (5).

Un deuxième axe interroge la place de la radio dans le développement. Vaste question qui touche aux émissions, qu'il s'agisse du développement politique et économique en rapport avec l'information et la transmission de connaissances utiles, du développement culturel évoluant entre tradition et innovation, entre identité et acculturation, et aussi en ce qui concerne le divertissement.

La place de la radio dans le développement touche aussi le statut de la radio ; longtemps le problème avait été circonscrit entre radios publiques et radios privées, or le concept de radio publique correspond selon les pays à des réalités différentes ; il s'est longtemps identifié à des radios étatiques, gouvernementales, c'est encore le cas de la Chine et de nombreux pays du Tiers-Monde. Les radios publiques s'identifient d'autant plus à des radios gouvernementales que les pays sont peu démocratiques. On peut même dire que l'ouverture des radios publiques à une pluralité des opinions, à une expression des oppositions au gouvernement, est un critère de démocratie. La question des radios publiques, comme celle du service public de la radio, se distingue du rapport de l'Etat et de la radio car l'Etat est amené à intervenir même dans les systèmes les plus libéraux, comme aux U.S.A. avec la FCC, pour la répartition des fréquences et les autorisations d'émettre.

La radio publique a été interprétée comme radio d'un service public dans de nombreux pays démocratiques, ce fut le cas très tôt de l'Angleterre, c'est ce que s'efforce de faire actuellement en France le service public de la radio et de la télévision. Mais la notion de service public est aussi reprise par des radios privées qui présentent une gamme de statuts, radios commerciales généralistes ou thématiques, radios religieuses, radios locales, radios associatives et communautaires dont certains programmes et certaines émissions peuvent correspondre à un service public.

Ainsi, d'une part la différenciation entre radios privées et radios publiques se nuance et se complique, d'autre part s'intercalent les radios associatives et communautaires avec des statuts mitigés, plus proches tantôt du privé, tantôt du public. Elles se réclament du développement, un mot culte, au sens multiple et ambigu, allant de la propagande à la communication et à l'interactivité. S'agit-il du développement de l'Etat, de la société, de l'individu et de sa famille, du lieu de proximité ? D'abord entendu au sens de développement économique, il s'est étendu aux effets sociaux de ce développement (englobant la santé, l'éducation, le niveau de vie) plus récemment encore au développement politique (avec la reconnaissance des droits de l'homme, l'égalité de la femme, la démocratie) et au développement culturel. C'est dans les pays en voie de développement que les radios, radios publiques et radios de proximité consacrent le plus d'émissions aux problèmes du développement et de la démocratie ; des émissions qu'elles produisent ou des émissions qui leur sont fournies par des organismes comme l'OMS, l'UNICEF (et diffusée souvent contre rétribution donnée à la radio) ou par des banques de programmes comme celle de l'Institut Panos pour l'Afrique. C'est parce que ces radios de proximité sont les plus accessibles par les populations rurales qui représentent encore une majorité de la population dans beaucoup de pays du Tiers-Monde.

Ce qui amène au troisième axe du colloque : crédibilité et proximité qui touche davantage les auditeurs, la réception des émissions sous deux aspects. Toutes les émissions s'adressent aux auditeurs ; il y en a qui s'adressent à tous les auditeurs potentiels, mais d'autres ciblent des catégories d'auditeurs, soit par leur thème (par exemple les émissions religieuses), soit par l'âge (émissions enfantines, ou pour les seniors ... ), soit par leur localisation. Dans ce dernier cas se trouvent les radios de proximité qui peuvent offrir un espace public dans des émissions où peuvent s'exprimer différentes opinions. Notons que ce n'est pas le cas des seules radios de proximité ; c'est le cas de toutes les émissions où des auditeurs peuvent intervenir par téléphone ou par Internet, par exemple l'émission de Radio Monte-Carlo « Les grandes gueules » mais on pourrait citer d'autres exemples comme « La tribune de Paris », sous la IVème République confrontant des représentants de différentes opinions au niveau national.

Les radios de proximité peuvent présenter un espace commun, orienté vers des problèmes plus concrets, pesant sur des solutions possibles locales et immédiates. C'est la raison pour laquelle elles se multiplient dans de nombreux pays du Tiers-monde, en tant que média moins coûteux que la télévision et plus accessible que la presse écrite, encouragées par une coopération extérieure. Les radios communautaires sont vivantes et dynamiques lorsqu'elles s'appuient sur des associations, elle reflètent une vie communautaire dans laquelle l'individu s'exprime, souvent, moins en tant que personne libre de toute subordination, que comme membre d'une communauté ; elles peuvent aussi connaître des dérives. Il n'y a pas de liberté sans risque et la proximité n'est pas une garantie d'une plus grande crédibilité. Tout comme les autres radios, les radios de proximité peuvent manipuler les esprits, désinformer, accentuer les conflits, être un obstacle à l'innovation si elles ne trouvent pas un équilibre entre tradition et modernité.

Un deuxième aspect de ceci concerne les médias comme acteurs de la vie internationale - un rôle accentué par la mondialisation, mais existant déjà antérieurement. Peuvent-ils présenter un espace public européen ? La question nécessite une distinction préalable avant d'être étudiée. Les sciences sociales (et les études sur la radio s'y rattachent) courent toujours le risque d'être instrumentalisées, la différence est souvent peu marquée entre épistémologie et idéologie. Etudier si la radio peut présenter un espace public européen, en d'autres termes si des émissions permettent des échanges d'idées, de connaissances, ou des affrontements, aboutit à un constat, à décrire une situation, à la comprendre, voire à l'expliquer tout en se gardant d'être instrumentalisé au profit d'une conception de l'Unité Européenne plus que d'une autre. Peut-il exister un espace public européen à la radio ? Le problème se pose sous deux aspects ; les émissions consacrées à d'autres pays d'Europe que celui de la station émettrice, surtout lorsque ces émissions introduisent des questions d'auditeurs, il s'agit là, principalement, d'apprécier l'information donnée et demandée en vue de préciser et d'enrichir les connaissances des auditeurs d'un pays sur un autre pays. L'autre aspect concerne les émissions dans lesquelles interviennent des représentants de plusieurs pays sur des questions concernant l'Union Européenne. Dans les deux cas, pour qu'on puisse parler d'un esprit public ou d'un esprit commun européen, il faut qu'il y ait confrontation de plusieurs opinions.

Il existe d'autres approches, plus indirectes, par exemple la part des informations sur les autres pays européens et sur l'UE dans les journaux parlés est-elle stable, en augmentation ou en déclin d'une année à l'autre. On pourrait aussi rechercher les liens qui peuvent exister (jumelage ou autre) entre des radios de différents pays. Dans tous les cas, l'attitude de l'auditeur diffère selon qu'il est considéré (et qu'il se considère lui-même) comme un consommateur, un simple usager, un associé, un citoyen ou un militant.

La mondialisation, qui n'est pas une nouveauté mais qui apparaît comme telle en raison de l'accélération des communications, ouvre de nouvelles voies à la radio qui la première, parmi les médias, avait ignoré les frontières. Alors que la télévision homogénéise en développant un modèle dominant, la radio se différencie plus aisément, ce qui la rend plus difficile à caractériser. Dans ses rapports avec les autres médias, la radio est en relation ou en opposition tantôt avec la presse écrite pour l'information tantôt avec la télévision, surtout pour le divertissement, elle est maintenant aussi en concurrence avec Internet pour l'écoute de la musique dans les pays développés.

Le cinéma et la télévision ont imposé la domination de l'image depuis la deuxième moitié du XXème siècle accentuant les impressions, mobilisant les émotions. Mais c'est par l'oreille et par la parole que les hommes communiquent ; à l'époque du téléphone mobile partout présent, la radio a toujours sa place à jouer.

André-Jean Tudesq

Notes

1. CIA World Factbook sur internet
2. UNESCO, Statistic Yearbook 1999 et World Radio-Television Receivers IBA-BBCI996
3. UIT Rapport sur le développement des Télécommunications 2003
4. Site internet de l'UER-EBU, http://www.ebu.ch/fr/
5. Francesca Silvani, The daily Summit, British Council, 10 décembre 2003

  

Evolution du parc récepteurs de radio dans le monde (UNESCO et BBC)

Chiffres en   Données UNESCO  
Millions 1970 1990 1997
MONDE  906    2 075    2 432  
Afrique  33    116    158  
Asie  171    748    900  
Amériques  361    711    811  
Europe  327    474    531  
Océanie  15    26    31  

Chiffres en   Données UNESCO   Estimations BBC
Milliers 1970 1990 1997 1990 1996
Bénin  85    415    620      
Cameroun  300    1 650    2 270      
Côte d'Ivoire  550    1 700    2 260      
RD Congo  3 000    7 735    18 300      4 000  
Ghana  880    3 420    4 400      
Mali  60    400    570      800  
Kenya  265    2 000    3 870    500    6 000  
Nigéria  2 500    18 700    23 500      19 000  
Chine  6 500    372 000    417 000      
Inde  17 000    67 000    116 000      320 000  
Bolivie  1 800    4 380    5 250      
Brésil  2 000    57 000    71 000      
Chili  1 400    4 500    5 180      
Venezuela  3 800    8 600    10 150      
France  25 000    50 300    55 300      65 000  
Pologne  7 000    16 500    20 200      
USA  290 000    529 000    5 750 000      

Par comparaison, le parc mondial des téléviseurs est passé de 299 millions en 1970 à 1092 en 1990 et à 1396 millions en 1997 (1341 selon la BBC).                        

 




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